Darshan souffrance

Les dévots qui ont totalement perdu le sens des réalités sont convaincus qu'Amma ne souffre pas pendant le darshan. C'est un être réalisé, c'est une incarnation divine, elle n'a pas d'ego donc elle ne souffre pas, elle est au delà de tout ça. Alors pourquoi ses assistantes lui massent les épaules, le dos et les jambes? Pourquoi elle porte des bas de contention? Bien sûr qu'elle souffre, on le sait, on le sent, on a d'ailleurs tendance à la comparer à une martyre, comme Jésus "mort sur la croix pour nos péchés" même si on a du mal à voir en quoi son décès a arrangé quoi que ce soit dans le monde. Amma souffre pour notre bien alors ça sent bon le divin de façon automatique.

On voit des sourires béats sur les photos et dans les vidéos mais j'entends parfois des échos concernant les drames silencieux qui frappent les plus discrets et les plus modestes de ses dévots. On trouve le moyen de blâmer les victimes pour justifier leurs malheurs. Eh oui. Si quelqu'un se suicide chez Renault, c'est parce que la pression manageuriale est insoutenable, c'est un scandale, il faut protester et prendre des mesures. Mais si quelqu'un se suicide chez Amma ce n'est pas parce que l'organisation est malsaine. C'était son choix, son libre-arbitre, son ego, son karma. C'est parce que dieu avait des comptes spirituels à régler avec cette personne. Prions pour son âme et puis oublions la vite en chantant un joli bhajan.

Il faut que ça cesse. Il faut que le mensonge cesse. Derrière les rires extatiques publics, il y a des dégâts humains confidentiels. Face à tout cela, une idée me tiraille depuis des années, sans que j'ose en parler. Alors tant pis, je me lance quitte à récolter des vagues d'opprobres à n'en plus finir. Ce que je m'apprête à écrire n'est que pure tentative d'interprétation personnelle. Merci de ne pas transformer cet article en rumeur infondée.

Je pense tout simplement que la petite Sudhamani a été violée dans son enfance ce qui explique ses accès de démence divine et la souffrance qu'elle s'impose pour donner le darshan avec un grand sourire.

Il faut savoir que ce fléau planétaire frappe 2 femmes sur 5 ou 3 femmes sur 5, selon les pays. Cela veut dire qu'environ la moitié des femmes qui peuplent la terre entière ont été violées au moins une fois dans leur vie. La moitié de la planète entière! Est-ce qu'on se rend compte de l'énormité du chiffre? C'est le fléau numéro 1, loin devant les guerres, la pauvreté ou les maladies. C'est aussi pour ça que personne n'en parle. On ne parle jamais de ce qui nous fait trop mal.

Donc d'un point de vue statistique, il n'est pas déraisonnable d'imaginer que Sudhamani est une survivante d'abus sexuels. En posant cette affirmation, j'ai une chance sur 2 de me tromper. Existe-t-il des indices qui confirment cette hypothèse? L'indice le plus évident, c'est justement le dashan.

Servir

Amma s'épuise à enlacer des milliers de gens en souriant. Elle dit qu'elle est là pour servir. Ce mot est très important.

Lorsque l'agression sexuelle se produit à l'âge adulte, le caractère de la victime est déjà bien formé, donc les dégâts psychologiques sont en grande partie identifiables et soignables. Mais lorsque l'agression se produit dans l'enfance, le caractère est en pleine élaboration, les traumatismes deviennent donc partie intégrante de la personnalité.

La séquelle la plus courante, c'est que la petite fille s'imagine qu'elle est un objet dont le seul but dans la vie est d'être utilisé. Elle s'imagine qu'elle est née uniquement pour servir. Quel que soit le contexte culturel et social dans lequel elle grandira, elle s'efforcera malgré elle de toujours se rendre utile, quitte à se transformer en soubrette même si on ne lui a rien demandé, quitte à imposer sa présence même lorsqu'elle est indésirable. Lorsqu'elle n'est utile à personne, elle a l'impression de n'être rien, de ne plus exister, d'être en danger de mort sociale. Servir devient ainsi une question de survie psychique.

Vie divine

Amma s'est unie au divin. Ça aussi c'est un indice important.

Selon les travaux du docteur Muriel Salmona, le viol n'est pas une simple atteinte à l'intégrité d'une personne. Il s'agit d'une violence qui risque de provoquer la mort par arrêt cardiaque. D'un point de vue physiologique, le viol est équivalent à une tentative de meurtre. On se doute bien que les dégâts psychologiques, émotionnels et énergétiques sont considérables. Face au danger de mort, l'organisme se défend comme il peut. Une petite fille fortement marquée est susceptible de vouloir fuir ou se battre instinctivement contre les séquelles, au lieu de les analyser et de les démanteler.

Celles qui se battent, s'orientent souvent vers la prostitution ou la pornographie. Elles se soumettent volontairement à des traitements sexuels humiliants, pour braver les traumatismes. Cela leur permet entre autre de devenir de plus en plus insensibles à la douleur des traumatismes. Elles sont en effet obligées de se couper de leurs émotions pour endurer ce qu'aucune femme bien dans sa peau ne souhaiterait subir.

Celles qui fuient, trouvent fréquemment refuge en dieu. La religion est un bon moyen de se couper du monde et parfois de soi-même. Elles peuvent choisir de rentrer dans les ordres ou dans un couvent. Notons que dans ce genre de voie, la chasteté est obligatoire. Être pucelle à un âge avancé est sujet à moqueries dans nos sociétés modernes mais celle qui choisit de s'unir à dieu plutôt qu'aux hommes, est au contraire admirée. Voilà donc un moyen pratique de fuir la sexualité tout en ayant une image positive de soi. D'autres préfèrent suivre des courants spirituels. Les contraintes y sont moindres. Elles peuvent librement composer le style de vie qui leur convient personnellement.

Remarquons au passage que la prostituée est un objet sexuel au service des hommes. La religieuse est un objet spirituel au service de dieu. Servir, encore servir, toujours servir. Se nier pour se transformer en objet voué au service divin ou profane. Les extrêmes se rejoignent. La sainte et la prostituée renoncent à leur humanité et à la vie en société. Quelle coïncidence. L'ashram d'Amritapuri est rempli de milliers de renonçants. Renoncer au monde peut être une façon flatteuse de fuir le monde.

Troubles du comportement

Les traumatismes entraînent forcément des troubles du comportement : impulsivité, colères imprévisibles, troubles de l'alimentation, agressivité... En combinant la biographie officielle d'Amma avec les révélations du livre Holy Hell, on retrouve tout cela chez Amma.

Effectivement elle alterne les phases d'anorexie et de boulimie. On ne la voit pas manger en public mais Gail Tredwell affirme que par moment Amma se bourre de sucreries en cachette. D'autres disciples racontent occasionnellement des anecdotes allant dans ce sens. Sa biographie notamment rapporte un épisode similaire, au cours duquel les disciples d'Amma, inquiets de ne pas la voir manger, on insisté pour qu'elle s'alimente. Ils lui ont servi à manger. Elle a englouti assiette sur assiette. Tout ce qu'on lui servait s'engouffrait dans son gosier en un clin d'oeil. Au bout d'un moment, les disciples ont pris peur, ils ont arrêté de la servir.

L'insomnie frappe souvent les survivantes d'abus sexuels. Quelle coïncidence, Amma reste debout toute la nuit pour donner le darshan. Sa biographie raconte que lorsqu'elle était petite, elle passait ses nuits à pleurer et à chanter, et ce pendant des années, bien avant sa "rencontre" avec Devi et Krishna. Donc le fait de ne pas dormir la nuit n'a rien à voir avec une quelconque révélation spirituelle. Elle n'a jamais pu dormir la nuit et elle en est encore incapable à ce jour. Au fait, est-ce qu'elle pleurait parce qu'elle voulait progresser spirituellement ou parce qu'elle espérait qu'un divin miracle viendrait la délivrer de son enfer quotidien?

L'impulsivité est également évoquée dans la biographie et dans Holy Hell. Tout d'un coup Amma a envie de ceci ou cela, tout d'un coup elle a envie de faire telle chose, personne ne comprend pourquoi. Lors des programmes il faut être prêt à satisfaire n'importe quelle demande à n'importe quel moment. Sa biographie évoque des moments où tout d'un coup elle semblait en transe et marchait vite. Elle s'en allait, tout droit devant elle et son entourage lui courait après. Au bout de plusieurs kilomètres elle reprenait ses esprits et acceptait de retourner à l'ashram. On la voit souvent danser, chanter, crier en agitant les bras dans les airs dès qu'il y a un peu d'agitation ou de musique. On en déduit qu'elle est dans un état de béatitude constant, d'où son nom "Mata Amritanandamayi", c'est à dire la mère qui déborde de béatitude éternelle. Pourtant une personne qui rigole n'est pas forcément heureuse, peut-être qu'elle laisse simplement déborder un trop plein.

Les dévots investis dans l'association entendent régulièrement parler des colères imprévisibles et irrationnelles d'Amma. Certains y ont même goûté et racontent leurs expériences en public, ça fait rire tout le monde. Par contre ses plus proches disciples ont malheureusement assisté à des scènes plus dramatiques, là aussi le livre de Gail Tredwell relate des épisodes particulièrement violents. Les colères d'Amma sont devenues des plus en plus violentes au fil des années, à mesure que la foule des visiteurs augmentait au darshan. Apparemment elle peut sauter sur le moindre prétexte pour humilier, insulter, gifler, griffer, étrangler, frapper, traîner par les cheveux, mettre des coups de pieds à n'importe qui. Gail Tredwell devait parfois se promener avec un foulard pour cacher les bleus et les petites traces de sang sur sa gorge. Les textes officiels font passer ses colères pour des enseignements spirituels pratiques. Il paraît qu'elle n'est pas réellement fâchée, elle joue une comédie pour "éduquer" ses disciples. S'il faut faire couler le sang pour "éduquer" quelqu'un alors il y a vraiment un gros problème. Mais comme Amma est évidemment infaillible, le problème vient forcément de l'ego de ses disciples.

L'hypervigilance est un autre trouble fréquent. La survivante a l'oeil sur tout parce qu'elle se méfie de tout. Elle remarque constamment ce qui échappe aux autres. Elle est championne en décodage du langage non verbale, car elle veut anticiper en deçà des mots et percevoir au delà des apparences. Cela ressemble à une qualité mais "hyper" veut dire que c'est trop. Même au moment de se reposer, la personne hypervigilante est en ébullition donc ce trouble peut s'accompagner d'hyperactivité. Même lorsqu'elle est accablée de fatigue, ses radars continuent à fonctionner et ne lui laissent aucun répit, ce qui peut aggraver l'insomnie. Alors par moment, par excès de fatigue, l'organisme craque et décroche automatiquement. La personne hypervigilante ne remarque plus rien, elle est dans les nuages, elle est dans sa bulle, elle est ailleurs, elle est incapable de voir ce qui saute aux yeux de tout le monde. C'est très déstabilisant pour l'entourage alors les dévots avancent comme explication qu'Amma est omnisciente, qu'elle est capable de lire les pensées des gens et qu'en même temps elle est dans un autre monde, un monde divin que nous ne pouvons pas comprendre.

Amma quand à elle, prétend qu'elle est branchée sur secteur au lieu d'être sur batterie comme nous autres pauvres humains. Elle serait alimentée par une énergie divine infinie alors que les humains n'ont à leur disposition que leur énergie humaine limitée. L'un de ses livres raconte par exemple qu'après un voyage particulièrement éprouvant, tout le monde voulait aller se reposer. Au lieu de ça, Amma est ressortie de sa chambre pour balayer la cour.

Si elle avait été une simple femme entourée d'amis, ils auraient dit à Sudhamani : "Qu'est-ce que tu fabriques? On peut faire ça demain. C'est quoi ton problème?". Mais voilà, Mata Amritanandamayi est une déesse. Alors on fait taire le mental qui dit que c'est pas humain de se comporter comme ça. Justement, comme ce n'est pas humain, on se dit que c'est forcément divin. On se force ainsi à rester debout avec elle, on s'active avec elle, quitte à lutter contre son propre corps. On se sent coupable lorsque le doute tente de nous avertir. On suit les conseils d'Amma, on répète son mantra pour étouffer les inquiétudes du bon sens.

Déconnexion

Ce point est sans doute le plus important. Lors de l'agression, il arrive presque systématiquement que la petite fille se déconnecte de son corps. Elle ne ressent plus aucune sensation corporelle, aucune peur, aucune émotion. Il s'agit d'une mesure automatique de survie. Les plombs sautent pour éviter le court-circuit, cause d'incendie potentiel. Certaines quittent momentanément leur corps. Elles flottent au dessus de la scène de violence, comme un témoin désincarné ou un esprit spectateur.

Par la suite dans sa vie quotidienne, la petite fille peut tomber occasionnellement cet état de déconnexion. Si son mode de vie est contraignant, la déconnexion devient une habitude, un automatisme. C'est ainsi que la survivante adulte peut en arriver à faire des choses ignobles ou douloureuses avec un grand sourire. Elle peut par moment ne plus ressentir ni peur ni douleur et se mettre à rire là où n'importe quel être humain serait plutôt affligé. C'est ainsi par exemple que certaines actrices porno se livrent à des performances destructrices, nécessitant ultérieurement une intervention chirurgicale pour réparer les dégâts. Pourtant à l'écran elles paraissent être au sommet de l'extase.

Selon la biographie officielle, les parents de la petite Sudhamani traitaient leur fille comme une esclave. Les traitements inhumains sont également susceptibles de provoquer des déconnexions. Si elle a été agressée sexuellement alors la maltraitance familiale a forcément banalisé l'état de déconnexion. Peut-être même qu'elle en a eu la maîtrise. Lorsqu'un moment insoutenable approche, un rituel peut permettre de se couper de son corps par anticipation. Les chansons, les prières, les visualisations, les mantras répétés mentalement peuvent ainsi servir de déclencheurs, pour enfermer le mental dans une bulle protectrice imperméable, sain et sauf, loin du corps et de ses souffrances.

Les personnes ainsi sujettes à la déconnexion ne sont pas pleinement incarnées. On dirait qu'elles sont en même temps ici et ailleurs. Elles éprouvent souvent de la solitude. Un sentiment d'étrangeté comme si leur corps et leur vie ne leur appartenaient pas. Elles peuvent avoir l'impression d'être quelqu'un d'autre. Sudhamani se fait appeler "Mata Amritanandamayi". Elle se fait également appelée "Maman" par de parfaits inconnus de tous âges venus du monde entier. Dans sa biographie, elle se traite elle même de "folle" et elle parle d'elle à la troisième personne. Au lieu de dire "je", elle dit "cette folle". Cette attitude est très prisée dans le monde spirituel. Ça s'appelle "mort de l'ego" ou "destruction de l'ego" ou "anéantissement de l'ego" ou "dissolution de l'ego"... bref trucider l'ego est censé apporter le bonheur divin. La déconnexion d'Amma prouve qu'elle a atteint cet état "béni" sans ego. Remarquons tout de même que dans les années 70, la CIA a fait subir des horreurs à des gens, afin de provoquer notamment cet état "béni" de déconnexion, dans le cadre du programme MK Ultra.

Une anecdote racontée par son disciple Shubamrita m'a marquée. Lors d'une tournée en Inde, Amma a décidé de faire une halte avec sa petite troupe près d'une station à essence très fréquentée. Elle a ordonné que tout le monde médite. Il y avait beaucoup de raffut, des odeurs désagréables, de nombreux moustiques voraces. Personne n'a réussi à se concentrer. Amma a gardé les yeux fermés durant un moment qui a semblé interminable. Lorsqu'elle a ouvert les yeux, tout le monde a soupiré de soulagement en silence. Un dévot a demandé à Amma comment elle pouvait méditer au milieu d'une telle agitation. Elle a répondu : "mon fils, tu as l'impression d'être au milieu d'une foule tandis qu'Amma est seule partout".

J'ai trouvé cette déclaration poignante. Cela veut dire que même lorsqu'elle danse et sourit au milieu des milliers de gens qui chantent, rigolent et tapent des mains à qui mieux-mieux, elle se sent seule. Elle n'est jamais connectée avec personne. Il est fort probable qu'elle ne soit même pas connectée avec elle-même. Une machine organique qui refoule ses émotions, qui simule ce que les gens attendent d'elle, pour obtenir ce qu'elle attend d'eux.

Qu'est-ce qui me donne le droit de parler comme je viens de le faire? Comme on pourrait s'en douter, j'ai été violée lorsque j'étais enfant, vers l'âge de 5 ans. J'ai failli me laisser entraîner dans la prostitution à une époque, alors que dès le départ j'avais plutôt basculé du côté de la religion. J'ai été tentée par la vie monastique, mais non. Je cherchais autre chose. Je cherchais des réponses à mes questions. Des vraies réponses éternelles, infaillibles et indestructibles. Pas des dogmes creux qui s'émiettent face aux réalités de la vie et qu'il faut maintenir intacts en se bardant d'oeillères.

J'ai lu énormément de textes traitant autant de la science, de la psychologie, que de la spiritualité. J'ai rencontré énormément de femmes qui avait subi la même violence que moi. J'ai co-organisé un atelier sur ce thème pendant quelques années. J'ai fait en tout 8 années de psychothérapie et compris pas mal de choses sur moi, même si tout n'est pas résolu. J'ai également bénéficié de beaucoup de soins énergétiques, allant du reiki au magnétisme en passant par la géobiologie.

On pourrait me soupçonner de projeter ma propre histoire sur Amma. Mais il se trouve que je suis très observatrice (ou hypervigilante?). À chaque fois que j'ai perçu des signes d'abus sexuels dans le comportement d'une femme, je lui ai toujours posé la question douloureuse avec tact, pour vérifier si c'était vrai ou si ce n'était que le fruit de mon imagination, pour lui faire comprendre que j'étais ouverte au dialogue et qu'elle n'était pas la seule sur terre dans ce cas. À chaque fois ma perception s'est avérée juste. Amma est tellement inaccessible que je ne peux pas lui poser la question donc chacun est libre d'évaluer la vraisemblance de mes propos comme bon lui semble.

Lorsque j'ai quitté l'organisation d'Amma, ma vie entière s'est écroulée car la spiritualité a toujours été le pillier porteur de ma vie, même si je savais que ce choix de vie était initialement dicté par un traumatisme. Amma avait l'air tellement vraie, tellement différente des charlatans habituels. Si elle est bidon, alors tous les mouvements spirituels et religieux le sont. La spiritualité n'était qu'un vaste mensonge. Ma vie entière n'était qu'une vaste illusion traumatique en ruine.

J'ai lentement remonté la pente lorsque j'ai compris que ce qu'on nous présente comme salvateur est en réalité pure damnation : altruisme, sacrifice de soi, don de soi, mort de l'ego, être rien pour être tout, abstinences, dévotion, béatitudes, obéissance à dieu. Servir dieu, quelle orgueil! Comment la chose qui a créé la vie pourrait avoir besoin de quelque service que ce soit? Consacrer sa vie à dieu, quelle arrogance! Comment la chose qui a créé la vie pourrait attendre humblement qu'on daigne lui offrir la nôtre?

Si ma théorie est exacte alors il est dramatique de considérer Amma comme maître spirituel. En effet elle dit que la vie du gourou sert d'exemple, il faut l'imiter autant que faire se peut. Mais imiter Amma signifie adopter un comportement traumatique progressivement au quotidien. Imiter Amma signifie entre autre piétiner ses propres limites matérielles, sociales, physiques, émotionnelles et mentales, au nom du progrès spirituel. Pour se transformer en objet qui n'existe que pour servir, il suffit d'apprendre petit à petit à se déconnecter de plus en plus. Si des troubles apparaissent dans notre comportement, il suffit d'interpréter cela comme des signes que le divin se développe en nous. Il suffit de se rappeler que "la sagesse de dieu est folie aux yeux des hommes" et voilà, le tour est joué, le traumatique se transforme en sainteté.

Lorsque les gens rigolent pendant un enterrement, c'est parce qu'ils sont déconnectés. La déconnexion est notre soupape d'urgence pour réguler les moments de trop grande pression émotionnelle. Parfois la déconnexion est très légère, c'est ainsi qu'on se surprend à penser à des choses futiles dans des moments dramatiques. La déconnexion provoque momentanément une légère désinvolture, une paix profonde ou une euphorie intense, afin de nous faire passer en douceur les caps autrement insupportables. Cultiver volontairement cette déconnexion dans l'espoir d'en faire un état permanent, est-ce bien raisonnable? Est-ce que le fait de ressentir de la béatitude ou de la quiétude signifie forcément qu'on vient de vivre une expérience divine? Qu'en est-il des émotions fortes? Est-ce que le fait de ressentir un fort sentiment d'amour montre qu'on vient de vivre une expérience divine? Comment se fait-il que les pilules d'ecstasy provoquent exactement ce même sentiment d'amour universel?

Pourtant toutes les religions prônent ce genre d'attitudes. Il suffit de voir l'état du monde pour comprendre à quel point cette philosophie est malsaine. Les dirigeants religieux et spirituels qui sont capables de provoquer des émotions fortes chez les gens, se livrent publiquement à toutes sortes de malversations, sous les applaudissements chaleureux du public aveuglé par la foi et la dévotion fervente. Certaines personnes souffrent le martyr en silence dans des organisations d'apparence vertueuse parce qu'elles s'imaginent que c'est la volonté de dieu. D'autres personnes se bardent d'explosifs et s'arment de kalachnikov pour faire éclater la gloire de dieu aux yeux des mécréants. Ne nous leurrons pas, il faut être complètement déconnecté pour se conduire de la sorte. Amma ne demande pas à ses dévots d'aller détruire les autres par contre elle affiche un comportement auto-destructeur avec un grand sourire et demande qu'on la suive pour atteindre la libération. Détruire ou s'auto-détruire au nom de dieu, que choisir?

Comme la plupart des courants religieux et spirituels, Amma fait l'apologie des souffrances et des privations, en prétextant que cela nous fait progresser. Il faut vivre dans la chasteté, il faut se détacher des biens matériels, il faut donner tout ce qu'on possède, il faut se couper du monde, il faut surmonter la douleur et la fatigue pour faire du bénévolat, il faut s'habiller exclusivement en blanc, en jaune ou en rouge, selon le "niveau" spirituel qu'on a atteint. Il faut s'empêcher de penser! Eh oui, notre réflexion est mensongère alors il ne faut surtout pas écouter ce que dit notre propre cerveau. N'oublions pas l'ego. Le mot "ego" signifie "je suis". Amma parle constamment de la destruction de l'ego, censé nous apporter l'ultime libération universelle. Avec tout ça, Amma prétend être un genre de mère universelle, puisqu'Amma signifie "Maman".

Quelle mère traiterait son enfant de la sorte? Quelle genre de mère inciterait son enfant à travailler jusqu'à épuisement en disant : "regarde moi, prend exemple sur moi, moi aussi je souffre"? Quelle mère serait heureuse de voir son enfant se dépouiller de tout? Quelle mère serait heureuse de priver son enfant de tout ce qui fait plaisir? Quelle mère inviterait chaudement son enfant à détruire sa personnalité? Quel genre de dieu fabriquerait des créatures pour ensuite leur conseiller de se torturer, se priver et se faire souffrir pour pouvoir le connaître? Quel dieu se ridiculiserait à imposer un style vestimentaire parce que ça lui fait plaisir de nous voir vêtus comme-ci ou comme-ça, en dépit de ce que les conditions climatiques recommandent au bon sens? Quel dieu équiperait ses créatures d'un cerveau en leur conseillant de le neutraliser?

Les religions promotionnent un dieu de souffrance mais elles se contentent seulement de faire de beaux discours. Amma ne se contente pas de prêcher, elle montre l'exemple. Elle se torture, elle se sacrifie, elle souffre, soi-disant pour répandre l'amour, pour le bien de l'humanité.

Parmi ceux qui suivent Amma, les hypocrites qui négocient ses enseignements s'épanouissent, parce qu'ils font uniquement ce qui les arrange. Par contre ceux qui essayent de lui obéir au pied de la lettre, finissent ruinés, exclus socialement, coupés de la réalité, épuisés, déprimés ou suicidés. Tout le monde dans l'organisation sait que le plus proche disciple d'Amma, swami Amritaswarupananda alias Balu, a fait une grave dépression à une époque de sa vie. Il a été obligé de consulter des spécialistes et de suivre un traitement médical pendant quelques années pour se soigner. Selon Gail Tredwell, son état de santé mentale était tellement préoccupant que les ashramites avaient peur qu'il se suicide.

Si Sudhamani a effectivement été violée dans l'enfance, cela montrerait que son chemin soi-disant spirituel est mensonger car il faut un mental traumatique pour pouvoir suivre son exemple. Ce chemin ne mène pas à la libération. Il mène plutôt à la déchéance matérielle, émotionnelle ou mentale.

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