Le danger Amma

Les mensonges

Je ne connais aucune ONG caritative dans laquelle il est conseillé de réciter tous les matins les 108 noms à la gloire du fondateur de l'organisation. Je n'en connais aucune qui demande aux adhérents de se mettre à genoux devant le directeur. Alors on peut commencer par reconnaître qu'Amma n'est pas une "grande figure de l'humanitaire". Si c'était le cas, son organisation ne compterait que des bénévoles, pas des dévots. Cette image de "grande figure de l'humanitaire" a été forgée de toute pièce par des professionnels pour éviter qu'elle soit traitée comme le gourou d'un mouvement sectaire dans les médias.

Tous ceux qui vont voir Amma une fois par an ou qui la suive régulièrement savent bien pourquoi ils sont là. Ils sont là pour la dimension spirituelle. Ils croient réellement qu'elle va leur apporter ce dont ils ont besoin pour progresser spirituellement. Mais aux yeux du monde, lorsqu'on parle d'elle en public, il faut hypocritement la présenter comme une "grande figure de l'humanitaire".

Cette innocente petite dissimulation n'est que la minuscule pointe publique du gigantesque iceberg privé. Plus on s'investit dans l'organisation, plus les petites dissimulations se multiplient :

Une fille de pauvre pêcheur qui arrête l'école au primaire et qui fonde un empire caritatif international, c'est un incroyable miracle. Mais lorsqu'on sait que sa carrière en tant que gourou a vraiment décollé lorsqu'elle a été prise en charge par une famille de millionnaires américains, ça change tout. Ce sont des spécialistes de la mondialisation. Ils ont investi leur argent sur elle au départ. Ils ont mis en oeuvre leurs compétences, leurs connaissances et relations en matière d'économie, de finance et de communication.

Une personne intervenant sur internet a affirmé que dans le film Darshan, on voit brièvement une scène de Devi Bhava. Il paraît que la couronne d'argent qu'elle porte habituellement sur la tête a été effacée. C'est vrai que ça pourrait choquer des personnes étrangères à l'organisation, notamment les journalistes. Je ne sais pas si c'est vrai, je n'ai pas envie de me retaper tout le film pour vérifier.

Je possède un DVD nommé "Vintage scene 1982". Il contient des images inhabituelles d'Amma. On la voit danser avec des epées et faire semblant de couper la tête des dévots indiens à genoux devant elle. On la voit aussi brièvement en colère, en train de hurler comme une furie. Ce DVD a d'abord été censuré, les scènes "pas câlines" ont été supprimées. Ensuite il a été interdit à la vente il y a environ 3 ans. Aujourd'hui on ne le trouve plus en boutique.

J'ai également une biographie d'Amma datant de 1989. On y voit plusieurs photos en noir et blanc de Gail Tredwell, ainsi que son récit personnel de la façon dont elle a rencontré Amma. Les photos, son récit ainsi que beaucoup d'autres témoignages de disciples de la première heure ont été supprimés des biographies ultérieures. Dès que quelqu'un quitte l'organisation, les traces de son passage sont effacées. Ainsi tout nouveau venu croit que ceux qui la rencontrent l'adorent forcément pour la vie entière et que personne en ce bas monde n'a quoi que ce soit à lui reprocher.

Bref, le mensonge et la censure sont largement utilisés au sein d'Embracing The World. Tout doit toujours paraître net, propre, lisse, joyeux, positif, vivant, miraculeux, même si la réalité est complètement différente. Lorsqu'on est à l'aise avec l'hypocrisie, on s'y épanouit pleinement. Lorsqu'on a tendance a favoriser la franchise, on a toutes les chances de flétrir.

L'arnaque

Lorsqu'on assiste à un programme ou qu'on va dans un centre, on achète des articles à la boutique. On trouve que c'est un peu cher mais ce n'est pas grave. C'est de l'argent bien utilisé, c'est pour financer les oeuvres caritatives. On glisse des billets ou des pièces dans les boîtes à dons. On se dit que cette modeste contribution servira à sauver des personnes dans le besoin à l'autre bout du monde. Hélas, ce n'est pas vrai.

L'analyse des déclarations faite par l'organisation auprès du ministère des affaires intérieures de l'Inde montre que dans le meilleur des cas, seulement 10% des dons faits en devises étrangères servent à financer des oeuvres caritatives. Certaines années c'est même 0%! Oui. 0% des dons sont consacrés aux oeuvres humanitaires. On ne sait absolument rien des dons faits en roupies, ni leur montant, ni leur utilisation.

Malgré les multiples appels lancés par des intellectuels indiens, l'organisation refuse de publier le moindre audit, le moindre bilan, le moindre rapport. Face aux demandes d'éclaircissement financier, Amma se contente de répéter que son organisation est transparente.

Donc si on aime se faire passer pour un pigeon, pas de problème, Amma a ce qu'il faut pour ça.

L'addiction émotionnelle

Si vous allez à un programme et que vous avez passé un bon moment, alors vous reviendrez peut-être l'année suivante, peut-être pas. Par contre si vous avez été bouleversé par l'atmosphère fortement émotionnelle alors vous aurez peut-être envie de donner suite. La culture new age dit que l'émotion intense est synonyme d'expérience spirituelle. Donc lorsqu'on est complètement bouleversé lors d'un darshan, on se dit qu'il s'est passé quelque chose de divin, on peut vouloir approfondir l'expérience afin de poursuivre la quête "spirituelle".

Vous commencerez peut-être par fréquenter les lieux français qui lui sont dédiés. Vous achèterez les livres, les CD, les DVD. Vous ferez les pratiques spirituelles et apprendrez la méditation IAM. Peut-être que vous ferez des séjours en Inde et que vous participerez au tour. Peut-être que vos séjours déviendront tellement fréquents que vous "acheterez" un appartement à Amritapuri. Peut-être même qu'au bout d'un moment, vous déciderez de devenir renonçant, de lâcher votre famille, vos amis, votre travail, votre maison et d'aller vivre dans l'ashram en Inde.

À partir du moment où on est accroché émotionnellement, jusqu'où va-t-on? Ça dépend des moyens et de l'intensité de l'addiction émotionnelle.

Lorsqu'on a de confortables rentes ou une famille généreuse alors on a une bonne marge de manoeuvre financière et sociale. On peut faire machine arrière en cas de problème. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Les moins fortunés se mettent parfois dans des situations périlleuses afin de poursuivre le mirage aux 4 coins du monde. Bien entendu, les "enseignements" d'Amma disent qu'il faut se détacher du matériel pour aller vers le subtil. Donc les personnes qui se mettent ainsi en danger croient bien faire. On peut se réveiller brutalement et douloureusement lorsqu'on est acculé au pied du mur bancaire. Certains décident d'insister, quitte à entraîner leur entourage dans la tourmente.

Lorsqu'on est en bonne santé, on peut encaisser pas mal de choses et on sait à quel moment freiner pour la préserver. Le soi-disant "cheminement spirituel" proposé par Amma est biologiquement abrasif. Il y a les longues nuits sans sommeil pour participer aux programmes. Il y a la nourriture quasiment sans protéine de l'ashram d'Inde. Il y a le bénévolat épuisant. Une amie de confiance m'a dit que l'une des assistantes d'Amma est obligée de se suspendre par les pieds lorsqu'elle participe au tour d'Europe. Elle passe tellement d'heures debout pour gérer le darshan que le sang a du mal à remonter vers le haut de son corps. Elle a donc une espèce de table qui peut basculer à la vertical. Je l'ai vue de mes propres yeux cette table bizarre. Une autre amie de confiance m'a dit que la dévote qui faisait les poupées au début a passé tellement d'années à coudre qu'elle est maintenant atteinte du syndrome du canal métacarpien. Les "enseignements" d'Amma disent qu'il faut se consacrer corps et âme à la quête spirituelle. Détruire son propre corps, est-ce bien spirituel?

Lorsqu'on est stable psychologiquement ou bien entouré alors on a la possibilité de dire stop lorsque ça va trop loin. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Jusqu'où irez-vous si vous êtes bouleversé? Jusqu'où croire? Jusqu'où s'accrocher à l'illusion qu'elle nous fait progresser? Jusqu'où se laisser manipuler? Jusqu'où se laisser exploiter? Jusqu'où se laisser humilier? Jacques Albohair alias Sarvatma a été jusqu'à se mettre en danger vis à vis du fisc français. Gail Tredwell alias Gayatri a été jusqu'à tolérer de se faire violer en silence. Elle a été jusqu'à raconter en public de faux miracles inventés de toute pièce par Amma. Les "enseignements" d'Amma disent qu'il faut anéantir l'ego. Donc les personnes qui se nient et s'auto-détruisent sont convaincues d'être sur la douloureuse voie du progrès vers le divin.

L'infantilisation

Un enfant, c'est un être humain en pleine croissance. Il ne peut donc pas gérer sa vie tout seul, ses choix sont limités, il dépend de ses parents dans la plupart des domaines de la vie.

Ça tombe bien. Amma prétend être la "Mère Divine", elle appelle ses dévots et ses disciples "mes enfants", elle leur vend même des poupées à sa propre effigie. Il s'ensuit un déresponsabilisation généralisée. Beh oui. Tout est dû à la grâce d'Amma!

Une bonne chose se produit? C'est la grâce d'Amma. Une mauvaise chose se produit? C'est une épreuve envoyée par Amma pour nous faire grandir. Tout vient d'elle. L'effet pervers, c'est que personne n'est jamais responsable de rien, exactement comme des gamins. Les efforts qu'on produit ne sont pas reconnus puisque tout arrive grâce à elle. Les mauvaises actions qu'on commet, inutile de les assumer ou de s'en sentir responsable. Lorsqu'on se conduit de façon détestable, on n'est que le modeste instrument du divin pour éradiquer l'ego de nos victimes. Quelle abnégation!

Cette déresponsabilisation peut aller très loin. Certaines personnes négligent toute prudence et prennent des risques parfois mortels, convaincus que la mère divine les protégera en toute circonstance. Certains parents négligent ou abandonnent leurs enfants en prétextant que la mère divine s'occupera d'eux.

La "moutonnisation"

Bien entendu, un vrai chercheur spirituel essaye d'utiliser le moins possible ses facultés de jugement. Juger, c'est mal. Les "enseignements" d'Amma disent que le mental est un menteur. Elle dit que suivre son mental revient à se laisser guider par un singe fou. Elle dit que le mental est ignorant, seul le coeur doit parler. En clair, réfléchissez le moins possible, laisser vous guider uniquement par les émotions.

C'est ainsi qu'on peut en venir à croire n'importe quelle idiotie, on peut colporter n'importe quelle imbécilité par le bouche à oreille, on peut atteindre un niveau de crédulité d'une naïveté absolument indécente. Tant qu'on est ému alors tout va bien, on est forcément sur la bonne voie.

Le fait d'être béni par une "déesse vivante" renforce les convictions ou révèle les tendances latentes. Par exemple les personnes affables deviennent de plus en plus généreuses au risque de se faire exploiter, tandis que les gens de pouvoir deviennent de plus en plus impérialistes et impérieux. C'est ainsi que toutes sortes de perversités sont cautionnées avec gratitude et se développent au grand jour, sans jamais provoquer la moindre indignation :

Les dévots prétendent vouloir sauver le monde à la suite de leur championne de l'humanitaire. Alors pourquoi personne ne proteste contre les agissements de Karuturi? Karuturi, possède la plus grande ferme de rose au monde. Tous les 2 ans il organise et finance la venue d'Amma au Kenya. C'est ainsi qu'elle vient, accompagnée de toute sa clique sacrée, donner le darshan dans un lieu où les africains sont traités comme des esclaves par son dévot chéri :

"Au Kenya, les ouvriers vivent dans des conditions inhumaines, sans paye, sans eau et sans électricité, depuis des mois. Au cours des derniers six mois, leurs services médicaux ont été fermés, ainsi que l’école pour leurs enfants. De surcroît, Karuturi doit au gouvernement kenyan des millions de dollars US d’impôts impayés qu’il a dissimulés en falsifiant les factures et en manipulant le prix des transferts"

"En Ethiopie, les Anuak et les autres communautés, qui ont été violemment déplacées de leurs terres sans consultation pour faire place aux activités agricoles de Karuturi, ont perdu leurs moyens de subsistance et vivent en exil sans compensation correcte"

Ce même Karuturi gère également les oeuvres humanitaires d'ETW au Kenya. Incroyable n'est-ce pas? Et si jamais vous parlez de ces drames humains aux dévots, ils trouveront très certainement des citations, des "enseignements", des explications, bref, n'importe quoi pour justifier l'injustice. Le karma est souvent utilisé comme prétexte. Exemple de rationalisation classique : si ces pauvres africains sont traités comme des esclaves alors c'est peut-être à cause de leur karma, il vaut mieux ne pas s'en mêler afin de laisser les processus divins suivre leur cours. Et voilà comment le fait de fermer sa gueule face à l'injustice devient un acte hautement spirituel.

Amma fabrique de vrais petits moutons lobotomisés qu'on mène par le bout des sentiments, prêts à gober aveuglément n'importe quelle stupidité à condition qu'elle soit émouvante, prêts à se cacher derrière des concepts spirituels pour fuir les conflits avec une lâcheté revêtue de dignité. Lorsque la voix du bon sens proteste, on s'en veut d'être dans le "jugement" et la "négativité", on se dépêche de la faire taire avec un mantra, un chant, une photo, une vidéo, une citation, un souvenir... mouton docile.

La synchronicité négative

Ça existe, je l'ai rencontrée.

Dès qu'on commence à suivre Amma, tout s'accélère brutalement. Les coïncidences les plus improbables se multiplient, même dans la vie courante loin de l'organisation. Il suffit de penser souvent à Amma, d'avoir des photos, objets "bénis", poupées, livres, CD, DVD, bijoux... Bref il suffit de s'entourer d'objets liés à son culte. Il suffit de fréquenter essentiellement d'autres dévots. Il suffit d'effectuer régulièrement les pratiques spirituelles recommandées, comme la répétition du mantra, la méditation IAM, la récitation des 108 noms d'Amma et des 1000 noms de la mère divine... Bref , il suffit d'une façon ou d'une autre de baigner dans son atmosphère.

Des choses merveilleuses se produisent, cela nous fait dire qu'on est en contact avec un être divin et puis des choses ignobles se produisent aussi. C'est dans ces moments là qu'on se raccroche le plus à l'idée que ce sont des épreuves destinées à nous faire progresser. Mais là aussi, jusqu'où accepter l'inacceptable?

J'ai l'impression d'avoir fait partie d'un réseau vérolé. Lorsqu'on navigue imprudemment sur internet, on s'amuse bien, on découvre des tas de choses, mais on a toutes les chances de voir son ordinateur infesté de virus, au point de le rendre inutilisable et de contaminer ceux de ses amis. J'ai exactement le même sentiment avec l'organisation d'Amma. Lorsqu'on y adhère sans aucune méfiance, on baigne régulièrement dans une euphorie grisante, on peut rencontrer des personnes sympathiques, on peut vivre des expériences dites "mystiques" mais les négativités pleuvent de toutes parts et peuvent impacter l'entourage. L'énergie est abondante mais empoisonnée

Je n'ai jamais vu autant de suicides de toute ma vie, je n'ai jamais vu autant de maladies et d'accidents, je n'ai jamais vu autant de morts. J'ai brutalement perdu une amie en 2011. J'ai subi un accident quasiment identique à celui qui lui a coûté la vie, un mois jour pour jour après son décès. Une telle coïncidence m'a effrayée. Mon intuition hurlait que quelque chose n'allait pas mais je ne voyais pas quoi.

J'ai perdu une autre amie. Elle avait 26 ans. Elle avait de lourds problèmes psychologiques. Lors d'un séjour de plusieurs mois à Amritapuri, elle a fait la première tentative de suicide de sa vie. Dans son infinie compassion, Amma l'a chassée de l'ashram en lui interdisant formellement d'y remettre les pieds. Quelques mois après son retour en France, elle a fait une seconde tentative qui a mis fin à ses jours.

Elle n'est pas la seule. Une autre française nommée Caroline Abitbole s'est suicidée en 2008 à Amritapuri aussi. Un japonais a commis le même acte en décembre 2014 dans l'ashram également. Une photographe qui fréquentait le centre français a également mis fin à ses jours. La mère d'une connaissance s'est suicidée 1 semaine après être passée au darshan de Pontoise.

J'ai perdu 3 membres de ma famille proche dans des conditions dramatiques en l'espace de quatre années.

On va sûrement me rétorquer que j'exagère. Amma ne peut pas être responsable de tout et de tout le monde. On ne peut pas la rendre responsable de tout et n'importe quoi. Et là je réponds : STOP! Qu'est-ce qui est écrit quelques paragraphes plus haut? Tout vient de sa divine grâce, le positif comme le négatif. Alors? Est-ce qu'elle est responsable de tout? Ou alors responsable de rien? Ou bien responsable uniquement quand ça l'arrange?

Le lavage de cerveau

En fait c'est au choix. Des fois tout vient d'elle et puis des fois tout est de notre faute. Des fois tout vient de sa grâce, des fois tout est dû à notre ego. Ça dépend. Comme tout dogme religieux ou spirituel, les "enseignements" d'Amma sont bourrés de contradictions. Lorsqu'on lit ses livres ou qu'on l'écoute parler, elle affirme une chose. Quelque temps plus tard ou quelques pages plus loin, elle affirme le contraire :

Elle dit que le mental est un menteur, il ne faut surtout pas écouter. Elle dit aussi que si dieu nous a donné un intellect, c'est pour qu'on s'en serve. Elle dit qu'il ne faut pas juger. Elle dit aussi qu'il faut savoir faire preuve de discernement. Elle dit qu'il ne faut rien croire aveuglément, il faut toujours vérifier par soi-même et ne croire que sa propre expérience. Elle dit aussi qu'il faut avoir une foi inconditionnelle envers le gourou. Elle dit qu'il faut accepter tout ce qui nous arrive avec abnégation et gratitude. Elle dit aussi qu'un chercheur spirituel doit être combatif et ne pas se laisser oppresser sans lutter. Elle dit que dieu est partout, y compris en nous, inutile de chercher quoique ce soit à l'extérieur de nous. Elle dit aussi qu'il faut obligatoirement être guidé par un maître spirituel vivant pour trouver dieu. Elle dit qu'il faut se détacher de tout. Elle dit aussi qu'il faut s'attacher à elle...

Il faudrait plusieurs centaines de pages pour citer toutes les contradictions qu'elle débite. Ce genre de discours est considéré comme normal dans le domaine religieux et spirituel. Les choses divines sont censées être mystérieuses et paradoxales, il faut soi-disant avoir un niveau spirituel élevé pour réussir à les appréhender. Quoi qu'il en soit, ces "divins paradoxes" sont super pratiques :

Le mental hypnotisé : notre intellect se noie dans les concepts contradictoires, il nage en plein délire mystique au doux parfum d'onirisme universel. Il est auto-hypnotisé par les pratiques spirituelles, surtout celles qui sont répétitives comme le japa mantra. Il lui devient difficile de continuer à jouer son rôle efficacement. Le bon sens notamment est altéré. Les superstitions se substituent peu à peu aux connaissances. Voici par exemple ce qu'Amma appelle de la "science" :

"Lorsqu'un corbeau défèque sur la tête de quelqu'un à un moment particulier, c'est un signe indiquant qu'on va bientôt entendre parler de la mort d'un proche"

"Un chat noir qui croise le chemin de quelqu'un est un mauvais signe, la personne retourne à la maison et attend un moment avant de reprendre le cours de sa journée"

"Si un véhicule renverse un porc, le propriétaire va le revendre, car la collision indique que le véhicule pourrait prochainement être impliqué dans un accident plus grave"

Les solutions de facilité : ces contradictions nous offrent des échappatoires faciles au quotidien. Dans la mesure où on croit tout et son contraire, face à un problème on ne va pas chercher la meilleure solution mais plutôt la plus rapide, quitte à mener une existence incohérente ou à cultiver la lâcheté sous de nobles prétextes. En effet, lorsqu'on a une ligne de conduite, il faut de la volonté pour s'y tenir contre vents et marées. Mais lorsqu'on croit tout et son contraire, on peut faire la girouette en toute fluidité :

scénario 1 : il y a de la souffrance dans le monde, ça me met mal à l'aise. Que faire? Amma a dit que si c'est le karma de quelqu'un de souffrir alors c'est notre dharma de l'aider. Je vais mettre 10€ dans la boîte à dons, ça permettra de financer des projets caritatifs. Et hop! Envolé le malaise.

scénario 2 : Karuturi est un dévot d'Amma et pourtant il traite ses employés comme des esclaves. Que faire? Amma a dit que le karma provient de nos mérites passés alors ces gens ont forcément une lourde dette karmique à purger. Amma vient les bénir une fois tous les 2 ans. Sans elle, leur situation serait pire. Ils ont beaucoup de chance en fait. Et hop! Envolé le malaise.

Émotions exacerbées : dans ce contexte, les émotions prennent de plus en plus de place, elles finissent par remplacer la réflexion. Ça tombe bien. Les "enseignements" d'Amma disent que la spiritualité ne peut pas être appréhendée par le mental, ça passe par le coeur. C'est ainsi que jour après jour, on "drogue" son coeur et on se gave d'émotions intenses, croyant ainsi progresser spirituellement.

Lorsque j'étais en Inde, Amma était sur la plage, elle avait posé une question, on devait tenter d'y répondre. La question était : "quelle est la différence entre l'amour et la dévotion?" Un micro circulait, les gens répondaient. J'ai fait un effort énorme pour surmonter ma timidité maladive et obtenir le micro. Le coeur battant de peur, j'ai répondu que "lorsqu'on aime quelqu'un on se dévoue à cette personne, on cherche à faire son bonheur, donc l'amour et la dévotion sont les 2 facettes d'une même pièce". Pendant mon bref discours, Amma discutait avec son traducteur Shubamrita en faisant de grands gestes. Il ne lui a donc pas traduit ce que je disais, elle n'a rien écouté, visiblement elle s'en foutait. Les gens en ont sûrement déduit que j'avais dit une ânerie car lorsque j'ai rendu le micro, la foule a émis 2 ou 3 clapclapclap ennuyés, au lieu des applaudissements plus ou moins chaleureux qui clôturent les interventions. Totale humiliation! J'en ai pleuré pendant 3 jours parce qu'il m'est très difficile de prendre la parole en public. Une autre femme a fini par obtenir le micro mais personne n'a rien compris de ce qu'elle disait. Elle sanglotait, elle était incapable d'articuler le moindre mot, elle pleurait et reniflait dans le micro, sa voix de brisait dès qu'elle amorçait une syllabe. Amma l'a attentivement écoutée alors tout le monde a fait de même. Shubamrita a voulu lui parler à l'oreille mais elle lui a immédiatement fait signe de se taire. Lorsque la femme a fini par lâcher le micro, un tonnerre d'applaudissements l'a encouragée.

Amma a fini par donner LA bonne réponse : "aussi intense soit-il, l'amour a besoin d'être manifesté concrètement, donc la dévotion c'est l'amour en action". Quelque chose me disait que ma réponse était similaire à la sienne, mais je m'en voulais d'avoir une pensée aussi orgueilleuse, surtout lorsque je repensais à sa réaction. Quelques mois plus tard, au centre Amma France, j'ai croisé une dévote qui m'a dit qu'elle était sur la plage ce jour là, qu'elle avait apprécié ma réponse et qu'en plus elle était proche de celle d'Amma. Donc je n'avais pas rêvé. Quel sens donner à cette anecdote? Quel précieux "enseignement" voulait-elle nous donner?

À cette époque là il était hors de question de remettre Sa Sainteté en cause alors la seule explication que j'ai trouvée était que je devais travailler pour être moins orgueilleuse. Aujourd'hui je sais que j'étais simplement face à un être humain qui n'est pas plus divin que moi, qui sait parfaitement qu'il faut exacerber les émotions pour manipuler les gens. C'est le message qu'elle a voulu faire passer ce jour là : "je n'aime pas quand vous réflechissez. Soyez émus si vous voulez que je vous apprécie".

L'abandon

Les émotions intenses règnent en maître. La réflexion nage en plein délire mystique et superstitieux mais elle tente encore par moment de se manifester. Ce n'est pas grave car elle va bientôt faire la connaissance de la dissonance cognitive. En effet la pratique ne correspond pas à la théorie. Amma fait de beaux discours mais la réalité est totalement différente. Le mental est fortement déstabilisé par les incohérences entre ce qu'il croit et ce qu'il voit :

Amma récolte des dons pour financer des oeuvres humanitaires. Elle a notamment construit des établissements scolaires et universitaires. Pourtant leurs tarifs sont tellement exorbitants que seules les personnes aisées peuvent s'y inscrire. Elle prétend connaitre les pensées les plus intimes de chacun de ses dévots. Pourtant elle a besoin de traducteurs pour comprendre les occidentaux. Elle dit qu'il ne faut pas s'attacher à sa forme extérieure, le plus important est à l'intérieur, invisible, subtil. Pourtant elle commercialise des poupées à son effigie, des photos de sa tête, de son corps et de ses pieds.

Amma dit qu'elle veut redonner le pouvoir aux femmes. Elle veut les encourager, les rendre plus fortes et plus confiantes. Pourtant elle clame haut et fort qu'elle est pure parce que ses règles ont stoppé lorsqu'elle avait une vingtaine d'années. Pas de règles = pure? Alors règles = impure? C'est sacrément encourageant de dire aux femmes adolescentes et adultes qu'elles sont sales de nature. Amma prétend avoir accès à des "connaissances" qui nous échappent. Pourtant son histoire de règles impures se base sur une superstition issue du folklore moyenâgeux.

C'est ainsi qu'on se retrouve à un carrefour. L'une des voies consiste à laisser naître les soupçons, ouvrir l'oeil, vérifier, questionner, douter. L'autre voie, c'est celle de l'abandon. On lâche prise, on plonge dans la foi aveugle, on croit dur comme fer, advienne ce que pourra, Amma veille donc la protection est garantie.

Ça tombe décidément bien. Amma prône souvent l'abandon en dieu. Inutile de s'inquiéter de quoi que ce soit, dieu s'occupe de tout. Il suffit de se laisser ballotter par le mental hypnotisé et par les émotions exacerbées. À ce stade, on accepte tout et n'importe quoi avec une confiance totale, on fait tout et n'importe quoi sans remord :

Dans son livre Gail Tredwell raconte l'histoire d'une dévote à qui Amma a cassé une côte en lui donnant un violent coup de pied. La dévote a continué à faire preuve de gratitude et de dévotion. L'organisation a une comptabilité bidon, cela signifie que des dévots acceptent de la trafiquer. Les critiques d'Amma se font harceler ou parfois agresser en Inde, cela signifie que des dévots commettent ces actes de violence. Vu qu'ils sont missionnés par dieu, ils estiment souvent qu'ils sont au dessus des lois et de la morale.

Bon sens, volonté, libre arbitre, argent, famille, travail, maison, carrière, santé, dignité, honnêteté... On lâche prise selon le degré d'abandon.

L'altruisme

Notre nature ne peut pas rester muette face à ce massacre généralisé. Les alarmes sonnent pour tenter de nous sortir de cette transe qui peut mener à des extrémités irréversibles et regrettables. Heureusement, Amma a dans son sac de quoi neutraliser les sirènes qui hurlent que quelque chose ne va pas.

Le bénévolat est primordial dans toute association qui se veut religieuse ou spirituelle.

Lorsqu'on travaille pour autrui, cela procure une certaine joie. On a l'impression d'être le modeste maillon d'un gigantesque processus dédié au bien à l'échelle universelle. La générosité, la bonté, la bienveillance, les actes désintéressés, faire du bien aux autres, cela donne l'impression de faire partie d'un mécanisme dont la finalité est positive à une échelle qui dépasse largement le cadre de notre modeste existence.

On a été victime d'injustices dans l'organisation? On a été victime de maltraitance ou d'humiliation? On constate des dérives? On doit accomplir des actes malhonnêtes? Il faut faire preuve de machiavélisme? On doit se ruiner la santé? Chut. C'est insignifiant. C'est négligeable. Ce n'est rien. C'est une illusion trompeuse due à notre vision étriquée. C'est notre ego qui veut nous éloigner du droit chemin. En prenant beaucoup de recul, on peut voir que la finalité des actions menées est hautement bénéfique d'un point de vue cosmique. Le bénévolat prouve que l'organisation se consacre au bonheur de l'humanité toute entière, il faut donc fermer les yeux sur les considérations individuelles et bassement humaines ou matérielles. Il faut garder les yeux fixés sur le "but"

Les "enseignements" d'Amma disent qu'il faut faire des actions désintéressées, sans rien attendre en retour. Ce n'est pas pour rien que l'organisation nous assomme à longueur d'années avec l'interminable liste de ses oeuvres humanitaires. Les actes de charité sont la preuve que rien ne doit entraver sa marche localement foireuse mais globalement glorieuse.

La boucle est ainsi bouclée. En effet les premiers paragraphes du présent texte nous rappellent que l'organisation consacre aux projets caritatifs de 0% à 10% des dons étrangers. L'humanitaire n'est pas le véritable but d'ETW. Son altruisme n'est qu'une façade mensongère. Elle a besoin de cette image altruiste pour justifier son avidité et dissimuler ses malversations.

Conclusion : la folie

Ces mécanismes sont implémentés avec plus ou moins de variations dans la plupart des mouvements religieux et spirituels :

  • mental "mystique"
  • émotions ultra-exacerbées
  • actions altruistes

Cela peut mener à la folie. Nombreux sont les voyageurs qui trouvent qu'Amritapuri ressemble à un asile psychiatrique. Lorsque la folie est douce, on est qualifié de saint. Lorsque la folie est violente, on est un martyr ou un terroriste. Qu'en est-il d'Amma? Folie douce ou violente?

La communication officielle insiste très lourdement sur les darshan-marathon et sur la liste des oeuvres humanitaires, pour prouver que tout cela est universellement bon. Lorsque je vois la violence qui émaille le parcours d'Amma je me dis que ça ne présage rien de bon.

La France est choquée par l'attaque de Charlie Hebdo? Alors pourquoi ne pas s'inquiéter lorsque des dévots d'Amma saccagent une librairie sous prétexte qu'elle vend un livre critique envers leur gourou?

Il est trop facile de dire qu'Amma est un être parfait mais que son entourage est imparfait. Gail Tredwell raconte dans son livre à quel point Amma elle-même est violente. Je suis tentée de la croire parce que ce qu'elle raconte correspond à mon expérience personnelle. Lorsque je faisais partie de l'organisation, j'ai eu de nombreux échos au sujet des colères imprévisibles et irrationnelles d'Amma. Lorsque j'étais en Inde, j'ai entendu un dévot indien raconter avec amusement comment il s'était échappé pour éviter de croiser le chemin d'Amma, qui était très en colère à la fin d'une session de darshan. Il a partagé son histoire au micro devant une centaine de personnes, lors d'une pause pendant le tour de l'Inde du sud en 2010. Tout le monde riait à chaque rebondissement de son anecdote et tout le monde comprenait sa frayeur du moment. J'ai participé à l'organisation du programme de Pontoise. Les erreurs ne sont pas tolérées lorsqu'on travaille près d'Amma, sinon elle risque de se mettre en colère, tout le monde a peur que ça se produise. Je l'ai vue moi-même se fâcher en plein darshan à Toulouse. Ce fut bref mais explosif. Les personnes qui étaient autour d'elles ont sursauté et se sont enfuies à la vitesse de la lumière.

Elle prétend que son énergie est inépuisable car elle est branchée sur le secteur divin, au lieu de fonctionner sur batterie comme nous autres, pauvres humains. Pourtant elle se fait masser les épaules pendant le darshan. Aurait-elle mal à force de faire le même geste pendant des heures? Elle se fait masser les jambes aussi. Aurait-elle mal à force de rester assise aussi longtemps? Elle porte des bas de contention. Ses assistantes les enlèvent prestement à la fin du darshan. Aurait-elle des problèmes de circulation sanguine à force de rester longtemps sans marcher? Elle ne va pas souvent aux toilettes. Quel exploit. En même temps, elle ne boit pas non plus. Elle grignote pendant le darshan mais elle ne boit jamais. Lorsqu'on s'approche d'elle, on voit bien que la peau de son visage et de ses mains est desséchée de façon anormale. Les photos vendues en boutique sont retouchées sous Photoshop pour gommer les détails troublants. Il faut se rendre à l'évidence. Elle se fait violence pour accomplir son darshan avec un grand sourire. Donc il est fort probable qu'elle se défoule sur son entourage pour évacuer ses tensions et ses douleurs.

C'est un être humain qui joue avec le feu. Le rythme qu'elle s'impose est nocif. Il est logique qu'elle soit d'humeur massacrante dans la vie courante. Dans le meilleur des cas elle va rendre l'âme en plein darshan et son nom sera auréolé de gloire pendant des siècles et des siècles. Dans le pire des cas, elle pourrait craquer un beau jour et commettre l'irréparable.

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